Faut-il un site en français et en allemand ?

Le vrai coût d'un site bilingue n'est pas la traduction mais l'entretien : trois questions suffisent pour savoir si une version allemande vous rapportera quelque chose.

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Vous travaillez à Bienne, à Lyss ou à Morat. Une partie de vos clients vous écrit en allemand, l'autre en français, et votre site n'existe que dans une langue. La question revient à chaque refonte : faut-il tout doubler, et qu'est-ce que ça rapporte ?

Le bilinguisme officiel n'oblige que les autorités

Bienne est officiellement bilingue. Le français et l'allemand y sont les deux langues officielles de la commune, et la Ville décrit un « modèle biennois » : la personne qui engage la conversation choisit la langue, l'autre s'adapte (biel-bienne.ch). Le canton de Berne connaît lui aussi le français et l'allemand comme langues officielles (Chancellerie d'État bernoise).

Tout cela oblige l'administration. Pas vous. Aucune règle n'impose à une entreprise privée d'avoir un site en deux langues. Les obligations linguistiques du droit fédéral visent des produits — étiquettes, notices — pas les sites d'entreprise.

La réponse par défaut, pour un artisan de la région qui travaille surtout avec des particuliers : une page en allemand, oui ; un site entièrement doublé, seulement si des donneurs d'ordre professionnels entrent en jeu.

Le vrai coût, c'est l'entretien

La traduction, elle, se devise. Demandez deux ou trois offres : on facture à l'heure, au mot ou à la « page normée », une unité qui n'a rien d'évident — faites-la vous expliquer avant de comparer. Il n'existe pas de barème officiel en Suisse.

Ce n'est pas là que ça coince. Un site bilingue, c'est deux fois plus de pages à tenir à jour. Chaque prestation ajoutée, chaque tarif corrigé, chaque photo légendée : deux fois. Une version allemande laissée de côté finit par décrire une entreprise qui n'existe plus, et un site à moitié faux fait plus de dégâts qu'un site monolingue assumé.

D'où une règle simple : on ne traduit pas ce qui bouge. Prestations, références, contact : oui. Actualités, journal de chantier, promotions : une seule langue suffit.

Reste un coût qui n'apparaît sur aucun devis. Si votre site parle allemand, on vous écrira et on vous appellera en allemand. Si personne chez vous ne rédige un allemand commercial correct, vous avez créé une attente que vous ne tenez pas. Ce point se règle avant la traduction. Trois manières : quelqu'un de l'entreprise ou de votre entourage relit les réponses ; un traducteur indépendant prend les devis importants ; ou vous l'annoncez sur la page allemande — « réponse écrite en allemand sous 48 heures » vaut mieux qu'un silence de trois jours.

Retournez ensuite le calcul. Combien vaut un mandat moyen chez vous ? Comparez-le au devis de traduction augmenté de l'entretien annuel : vous obtenez le nombre de mandats à décrocher pour rentrer dans vos frais. C'est la seule façon honnête de poser la question.

Ce que dit la documentation de Google

La documentation de Google sur les sites multilingues est claire sur quelques points qui reviennent tout le temps :

  • Une adresse distincte par langue. Pas un cookie, pas un réglage de navigateur.
  • Google détermine la langue d'une page par le contenu visible, pas par le code ni par l'adresse.
  • Pas de traductions côte à côte sur la même page, ni de menu traduit au-dessus d'un contenu resté en français.
  • Pas de redirection automatique selon la langue détectée du visiteur : elle empêche les utilisateurs comme les moteurs de voir toutes les versions.

En pratique, un sous-dossier : votresite.ch/de/. C'est plus simple à tenir qu'un sous-domaine ou qu'un deuxième nom de domaine, et Google ne favorise aucune des trois formes. Le lien vers l'autre langue pointe vers la page équivalente, jamais vers l'accueil.

Deux idées fausses à évacuer. La même information en français et en allemand n'est pas du contenu dupliqué : deux langues ne sont pas des doublons. Et hreflang, la balise qui relie les deux versions, sert à envoyer le visiteur sur la bonne page ; elle ne fait pas monter votre site dans les résultats. Posez-la quand même, c'est deux lignes à demander à votre prestataire.

Ce qui vous fait apparaître sur « Schreiner Biel », c'est une vraie page en allemand. Encore faut-il le bon mot, celui qu'on tape et pas celui du dictionnaire. Tapez votre métier en allemand dans Google, regardez les suggestions et les titres des premiers résultats alémaniques, demandez à un client germanophone le mot qu'il emploierait. Un quart d'heure, avant la première ligne de traduction.

La traduction automatique n'est pas interdite. Ce que Google sanctionne, c'est le contenu produit en masse, sans relecture et sans valeur (règles anti-spam). Une traduction machine relue par quelqu'un qui connaît le métier n'entre pas dans cette catégorie. Trois contrôles, même sans parler un mot d'allemand : aucun ß dans le texte, puisqu'on écrit « ss » en Suisse ; le vocabulaire d'ici, « Offerte » plutôt qu'« Angebot » ; et les termes de métier, là où la machine décroche vraiment — un ferblantier est un Spengler.

À qui l'allemand sert vraiment

Inutile si :

  • Personne ne peut assumer la deuxième langue, ni au téléphone ni par écrit, et que vous ne comptez pas l'organiser.
  • Votre site est une carte de visite pour des clients qui vous connaissent déjà et cherchent une adresse et un numéro.
  • Votre zone est entièrement francophone : un salon de coiffure à Saint-Imier n'a pas besoin d'une version allemande.

Nécessaire si :

  • Vous visez le B2B local : régies, entreprises générales, architectes, communes. Un seul donneur d'ordre alémanique qui vous écarte parce qu'il ne peut pas transmettre votre site à son chef de projet pèse plus lourd que le trafic.
  • Vous répondez déjà dans les deux langues au téléphone. Votre site dit alors moins que ce que vous savez faire.
  • Votre zone couvre la frontière linguistique : Bienne, le Seeland, le district du Lac, la région de Sierre.

Méfiez-vous du raisonnement par la démographie, très répandu dans la région. On cite la répartition allemand-français du registre des habitants comme si elle décrivait une clientèle. Elle sort d'un champ administratif : la langue de correspondance, à cocher entre deux cases. Chaque habitant, quelle que soit sa langue maternelle, est rangé dans l'une des deux. « Une majorité germanophone » ne dit rien du nombre de clients qui liront votre site en allemand. Dans l'autre sens non plus.

Les demi-solutions

Une seule page en allemand. Ce n'est pas une faute. Mais ça s'arrête là. Une page avec sa propre adresse, qui résume vos prestations, votre zone d'intervention et vos coordonnées, écrite pour être lue et non traduite mot à mot. Prévoyez ce qui se passe quand le visiteur clique ailleurs et retombe en français : annoncez-le, ou ramenez-le vers le formulaire. Elle vous rend joignable ; elle ne vous positionnera pas sur l'ensemble des recherches en allemand.

Le bouton « traduire ». Un widget qui traduit la page dans le navigateur ne crée aucune adresse distincte. Il dépanne un visiteur déjà arrivé chez vous. Vous n'existez toujours pas dans les résultats allemands.

La fiche Google. Garder un site français et « rendre la fiche bilingue » est la demi-solution la plus citée, et la plus floue. Ouvrez votre fiche et regardez ce que vous pouvez réellement saisir, langue par langue, avant de bâtir quoi que ce soit dessus. Deux leviers sont immédiats : vos publications peuvent être rédigées dans l'une ou l'autre langue, et des avis en allemand parlent d'eux-mêmes aux clients germanophones.

Comment trancher

Trois questions, dans cet ordre.

  1. Reprenez vos vingt dernières demandes entrantes — courriels, appels, formulaires. Combien étaient en allemand ? Ce comptage sous-estime par construction : il ne voit pas ceux qui sont repartis sans écrire. Mais c'est une donnée à vous, et non une statistique de population.
  2. Qui répond en allemand, par écrit, dans la journée ? Question éliminatoire. Si la réponse est « personne » et que vous ne comptez pas l'organiser, arrêtez-vous là.
  3. D'où viendront vos dix prochains mandats ? De particuliers ou de donneurs d'ordre professionnels ? Le B2B fait pencher la balance beaucoup plus vite que le B2C, et cette question-là l'emporte sur la première.

Une grille possible, à ajuster à votre métier : moins de deux demandes en allemand sur vingt et aucun B2B, restez en français. De deux à cinq, une page en allemand. Au-delà, ou avec un donneur d'ordre alémanique dans le lot, traduisez les pages du cœur — prestations, références, contact.

Puis décidez qui met à jour la deuxième version, et quand. Notez-le le jour de la mise en ligne. Trois mois après, ouvrez la Search Console, l'outil gratuit de Google qui montre par quelles recherches on vous trouve, et regardez si des requêtes en allemand remontent. C'est ce qui vous dira si votre deuxième version travaille ou si elle dort.

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