Combien coûte un site web en Suisse romande

Trois devis pour le même site, de CHF 1'200 à CHF 11'000 : la mécanique qui explique l'écart, et les questions qui rendent les offres comparables.

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Vous demandez trois devis pour le même site. Le premier annonce CHF 1'200, le deuxième CHF 4'200, le troisième CHF 11'000. Personne ne vous explique où part la différence, et vous n'avez aucun moyen de savoir lequel des trois est raisonnable.

Personne ne publie de prix de référence

Aucun indice de prix public ne porte spécifiquement sur la création de sites web en Suisse ; les enquêtes de branche existantes mesurent des salaires, pas des prix de projet. Les fourchettes que vous lisez partout — « comptez CHF 1'200 à 8'000 pour un site vitrine » — viennent de pages de vente qui se recopient les unes les autres, sans jamais dire sur combien de projets réels elles sont calculées. Quand on vous annonce un « prix moyen », posez la question. Vous n'obtiendrez pas de réponse.

Ce qui s'affiche en Suisse romande

Les montants ci-dessous sont annoncés publiquement par des prestataires ; aucun ne provient d'une facture.

Filière Ce qui est annoncé Ce que ça couvre en général
Plateforme auto-gérée (Wix, Squarespace, Jimdo) environ CHF 150 à 650 par an, hors domaine et extensions quelques pages, et plusieurs dizaines d'heures de votre temps
Indépendant CHF 2'000 à 6'000 pour un site vitrine cinq à huit pages, un formulaire, une personne au contact
Petit studio CHF 4'000 à 10'000 contenus à produire, version bilingue, reprise possible par un tiers
Agence établie CHF 5'000 à 15'000 et au-delà catalogue, liaison avec un logiciel de gestion, garanties contractuelles

La première ligne est la plus facile à vérifier : les abonnements sont publics. Les trois autres sont déclaratives, et leurs fourchettes se chevauchent — un devis à CHF 5'000 tient dans les trois. Un tableau ne tranchera donc pas votre cas. Les heures, oui.

Un prix, c'est des heures multipliées par un taux

Les grilles publiées situent l'heure d'un indépendant du web entre CHF 70 et 180, celle d'une agence romande entre CHF 120 et 200. Là encore, ce sont des tarifs annoncés, qu'aucune enquête de branche ne confirme.

Un repère manque presque toujours : un site vitrine de cinq à six pages, contenus fournis par vous, demande en général 25 à 40 heures. En dessous de quinze, quelque chose n'est pas dans le devis.

  • CHF 2'000 : une vingtaine d'heures. Périmètre serré, vos contenus.
  • CHF 4'000 : une trentaine d'heures. Mise en forme du contenu, un ou deux cycles de correction.
  • CHF 8'000 : cinquante à soixante heures. Rédaction, photo, plusieurs intervenants.

En dessous de CHF 2'000, ce n'est plus le même objet : un gabarit tout fait, vos contenus, aucun cadrage. Demandez le nombre d'heures prévues et leur répartition : c'est par là qu'il faut commencer.

Ajoutez la TVA, qui fausse beaucoup de comparaisons. Le taux normal est de 8,1 % depuis le 1er janvier 2024, et une entreprise n'y est en principe assujettie qu'au-delà de CHF 100'000 de chiffre d'affaires (détails sur ch.ch). Un indépendant sous le seuil vous facture CHF 4'000 nets. Une agence assujettie facture CHF 4'000 plus 8,1 %, soit CHF 4'324. Deux devis « à 4'000 » ne sont pas le même prix.

Les trois postes qui font l'écart

Les textes. Qui les écrit ? Si la réponse est « vous », c'est votre temps : une à deux heures par page, et, d'expérience, la cause la plus banale d'un projet qui traîne six mois. Si c'est le prestataire, ce sont des heures facturées.

Les photos. Unsplash, Pexels et Pixabay autorisent l'usage commercial sans attribution, mais ne garantissent ni l'accord des personnes photographiées, ni celui des lieux et des marques visibles. Dès qu'un visage est identifiable, le « gratuit » vous transfère le risque. Les banques payantes signalent les images libérées et plafonnent leur indemnisation : ce n'est pas une garantie. Pour un artisan, une demi-journée de photo dans son atelier règle la question.

Les langues. Une traduction professionnelle en Suisse se facture entre 11 et 35 centimes par mot. Un site de six pages représente 3'000 à 5'000 mots, soit CHF 330 à 1'750 par langue, hors intégration et hors relecture. Sur l'arc biennois et bernois, le bilingue n'est pas une case à cocher : c'est une deuxième rédaction.

On lit souvent qu'une refonte coûte moins cher qu'une création : rien ne le garantit. Listez vos pages. Au-delà d'une trentaine, rediriger les anciennes adresses pour garder vos positions acquises devient un poste à chiffrer séparément.

La facture de la deuxième année

  • Nom de domaine .ch : CHF 10 à 25 par an selon le revendeur. Switch gère le registre sans vendre en direct ; vous passez par un intermédiaire.
  • Hébergement : un hébergement mutualisé — plusieurs sites sur le même serveur — démarre autour de CHF 10 par mois chez les hébergeurs suisses, soit CHF 120 à 400 par an.
  • Maintenance : CHF 80 à 250 par mois selon les offres romandes. À 150 par mois, cela fait CHF 1'800 la deuxième année, une part importante du coût du site sur trois ans. Exigez le détail : mises à jour, sauvegardes testées, surveillance, heures de modifications incluses, délai d'intervention. Puis la question qui fâche : que se passe-t-il si je ne prends pas ce contrat ? Un site sans système de gestion de contenu ni extensions n'en a pas besoin.
  • Licences : certaines extensions — thème, module multilingue, réservation en ligne — se renouvellent chaque année, de quelques dizaines à quelques centaines de francs pièce. Demandez la liste et les montants par écrit.

Une ligne ne coûte rien et vous évitera le pire : le nom de domaine doit être enregistré à votre nom, avec votre adresse comme contact. Gratuit à faire au départ, pénible à réparer si votre prestataire disparaît.

Ce qu'on vous vend et qui n'est pas obligatoire

Une partie des devis s'appuie sur des obligations qui n'en sont pas.

  • Un site suisse qui s'adresse à une clientèle suisse relève de la loi révisée sur la protection des données, en vigueur depuis le 1er septembre 2023. Le RGPD européen s'applique seulement si vous vous adressez à des personnes dans l'Union européenne, ou si vous suivez leur comportement en ligne : mesure d'audience détaillée, publicité ciblée.
  • Le « jusqu'à 4 % du chiffre d'affaires » vient du RGPD et se recopie à tort sur les sites suisses. Le droit suisse prévoit une amende pénale pouvant atteindre CHF 250'000, qui vise la personne responsable et suppose un manquement intentionnel ; l'entreprise peut être condamnée à sa place, pour un montant nettement plus faible. La poursuite relève des cantons, pas du préposé fédéral.
  • La bannière cookies n'est pas imposée par le droit suisse. La loi sur les télécommunications demande d'informer et de permettre le refus ; bloquer l'accès au site derrière un bouton « j'accepte » relève d'une pratique européenne. Le consentement reste nécessaire dans des cas particuliers, par exemple un profilage publicitaire poussé (analyse de Sylvain Métille).
  • L'hébergement en Suisse n'est pas une obligation légale, mais un argument de confiance et de proximité.
  • La directive européenne sur l'accessibilité s'applique depuis le 28 juin 2025, mais à une liste fermée de services vendus à des consommateurs, dont le commerce en ligne. Le critère est le marché visé, pas le siège, et les entreprises de moins de dix personnes en sont exemptées. Pour une boulangerie de Delémont, cela ne change rien.

Vos questions avant de signer

Envoyez-les par écrit aux trois prestataires.

  • Combien d'heures prévoyez-vous, et réparties comment ? Attendez un chiffre par poste ; « ça dépend » est un signal.
  • Le montant est-il avec ou sans TVA, et êtes-vous assujetti ?
  • Qui écrit les textes, qui fournit les photos, et que se passe-t-il si je les livre en retard ? Bonne réponse : le projet est mis en pause sans surfacturation, et la mise en ligne glisse d'autant.
  • Quel délai, quel acompte, et combien de cycles de correction inclus ? Un acompte se pratique ; une avance de la totalité, non.
  • Que vais-je payer la deuxième année, ligne par ligne ?
  • Le nom de domaine et les fichiers sont-ils à mon nom ?

Si votre site date de 2016, testez-le avant de décider. Est-il lisible sur un téléphone ? S'ouvre-t-il en moins de trois secondes en 4G, chronomètre en main ou avec PageSpeed Insights ? Affiche-t-il le cadenas de sécurité ? Vos informations sont-elles à jour ? Le système qui le fait tourner reçoit-il encore des mises à jour — si personne ne sait répondre, c'est déjà une réponse. Un ou deux échecs, un rafraîchissement suffit. Trois ou plus, la refonte se justifie.

Revenez ensuite sur vos trois devis. CHF 1'200 achète un gabarit et beaucoup de votre temps ; CHF 4'200, une trentaine d'heures ; CHF 11'000, plusieurs intervenants et de la production de contenu. Aucun n'est malhonnête en soi. Le mauvais devis, c'est celui qui refuse de dire lequel des trois il est. Les montants cités ici sont des prix affichés publiquement, et ils bougent : demandez une décomposition, pas un total.

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